Votre plaque d’immatriculation, votre visage, vos trajets quotidiens : bientôt, tout cela pourrait être enregistré et conservé pendant une année entière. Le Sénat a récemment voté en faveur d’un projet de loi visant à élargir l’utilisation des caméras LAPI sur les routes françaises. Pour certains, c’est un véritable progrès en matière de sécurité, alors que d’autres y voient un cauchemar digne d’Orwell. 🚓💡
Le 17 décembre 2025, le Sénat a approuvé, avec une large majorité de 232 voix contre 22, une proposition de loi proposée par Pierre-Jean Rochette. L’objectif de ce texte est de généraliser l’utilisation des lecteurs automatiques de plaques d’immatriculation, communément appelés caméras LAPI, que l’on peut déjà rencontrer sur les véhicules de contrôle du stationnement.
Ces dispositifs, qu’ils soient fixes ou mobiles, scannent en temps réel les plaques d’immatriculation et peuvent capturer des photos des occupants du véhicule. Les données collectées, comprenant le numéro de plaque, l’heure, le lieu et des photographies, sont ensuite confrontées à diverses bases de données. Jusqu’alors, leur utilisation était strictement réglementée pour des enquêtes liées au terrorisme, à la criminalité organisée et au vol de véhicules. Le nouveau texte élargit considérablement ce cadre.
Big Brother vous surveille
Cette proposition de loi élargit significativement le champ d’utilisation des LAPI. À présent, tous les crimes et délits pouvant entraîner une peine d’au moins cinq ans d’emprisonnement pourront justifier l’usage de ces caméras. La liste de ces infractions inclut des crimes tels que le vol aggravé, le recel, l’escroquerie, l’évasion avec violence, et l’aide au séjour irrégulier. Les forces de l’ordre pourront également déployer ces caméras de manière préventive lors d’événements majeurs ou de rassemblements exceptionnels.
Un des aspects les plus controversés de ce texte concerne l’article 3. Celui-ci stipule que à partir du 1er janvier 2028, tous les nouveaux systèmes de vidéoprotection installés dans les espaces publics devront obligatoirement intégrer un dispositif LAPI. En d’autres termes, cela pourrait transformer des dizaines de milliers de caméras municipales en outils de surveillance des véhicules de manière permanente. Ainsi, le nombre d’appareils passerait de 650 à plus de 5 000, permettant un suivi des déplacements de millions de personnes au quotidien.
Un autre changement notoire est l’augmentation considérable de la durée de stockage des données. Alors que ces informations étaient précédemment conservées quelques semaines, elles pourront désormais être gardées pendant douze mois, sous réserve d’une autorisation judiciaire. Cela signifie que les trajets effectués au cours des douze derniers mois seront accessibles à des enquêteurs sur simple demande.
« C’est une arme redoutable, un outil qui permettra un gain de temps et d’argent considérable pour les forces de l’ordre », insiste le sénateur Rochette, soulignant que la France accuse un retard sur le Royaume-Uni, qui compte déjà 13 000 LAPI pour une superficie deux fois et demie plus petite. La Belgique, malgré sa taille plus modeste, ne démérite pas avec ses 5 000 dispositifs.
La Ligue des droits de l’homme réagit vivement : elle dénonce une “atteinte excessive aux libertés individuelles” et met en garde contre le risque d’une surveillance généralisée. Le projet devra encore être examiné par l’Assemblée nationale avant une éventuelle promulgation, et les débats s’annoncent particulièrement animés.
- Le Sénat a voté une loi permettant l’utilisation des LAPI pour tous les délits passibles d’au moins 5 ans de prison.
- D’ici 2028, toutes les nouvelles caméras de vidéoprotection devront inclure un système LAPI.
- Les trajets pourront être stockés pendant un an et consultés par les enquêteurs, contre quelques semaines jusqu’à présent.
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