Découvrez pourquoi ce médecin affirme qu’il est crucial de ne jamais abandonner les ZFE !

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Photo de Philippe SCHWOERER
ZFE de Perpignan

Souvent critiquées en raison de leur impact supposé sur les ménages à revenus modestes, les zones à faibles émissions (ZFE) peinent à faire l’unanimité. Malgré les controverses, Patrick, médecin à la retraite et passionné d’électromobilité, souligne l’importance des mesures visant à réduire la pollution dans les grandes agglomérations. Des actions complémentaires semblent nécessaires pour contrer la hausse alarmante du nombre de décès.

Entre 70 000 et 80 000 décès par an

Les zones à faibles émissions (ZFE) ont été mises en place en 2019 grâce à la Loi d’orientation des mobilités (Lom). Celles-ci visent à exclure progressivement les véhicules les plus polluants des zones urbaines denses, surtout touchées par la pollution. À partir du 1er janvier 2025, toutes les métropoles de plus de 150 000 habitants doivent instaurer une ZFE, incluant la ville de Perpignan, où réside Patrick.

Ancien médecin généraliste, Patrick n’ignore pas l’impact de la pollution sur la santé : « Regardez les façades des immeubles dans les grandes villes, elles sont souvent grises. Les poumons des habitants sont tout aussi endommagés. Selon les données officielles, la pollution atmosphérique est responsable de 48 000 décès prématurés chaque année, sans compter les morts dus au tabac. »

Les chiffres sont alarmants et dépassent souvent ce que les médias rapportent : « On estime entre 70 000 et 80 000 décès par an en tenant compte des divers facteurs contribuant aux maladies chroniques. Mes longues années de médecine m’ont permis d’observer les effets dévastateurs de la pollution, intensifiés par le tabagisme et désormais par le cannabis. À noter que la toxicité d’un joint est comparable à celle de quinze cigarettes. »

Des effets variés

Les effets de la pollution sur la santé sont multiples, allant de « l’irritation des voies respiratoires à des crises d’asthme et des exacerbations de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO). Si les bronches sont irrémédiablement rétrécies, l’état ne peut que se détériorer. Les décès liés à la pollution touchent principalement les personnes âgées, tandis que chez les enfants, les infections respiratoires sont plus fréquentes en période de pollution ».

Le système cardiovasculaire se trouve également fragilisé, engendrant « une élévation de la pression artérielle, un risque accru d’hypertension et de maladies cardiaques, sans compter le risque d’AVC. L’apparition de caillots sanguins peut également provoquer de graves complications ». À cela s’ajoutent « des risques accrus de troubles neurodégénératifs, de déclin cognitif et d’effets négatifs sur le développement cérébral des enfants ».

Pollution sur les murs à Perpignan
Pollution sur les murs Perpignan

Les femmes enceintes, ainsi que les personnes âgées, représentent un groupe particulièrement vulnérable face à la pollution : « La santé reproductive est compromise, entraînant des fausses couches, des naissances prématurées, des retards de développement in utero et des naissances de faible poids. »

En général, la pollution « affaiblit le système immunitaire, rendant les organismes plus sensibles aux infections. L’exposition aux particules fines et autres produits toxiques accroît le risque de cancer du poumon et d’autres maladies cancéreuses, notamment au niveau rénal, car les reins doivent traiter les toxines qui s’accumulent dans la vessie. »

Une forme d’addiction…

Poursuivant une activité médicale au regard de l’aptitude à la conduite, Patrick approfondit sa réflexion sur la pollution urbaine : « Il a été démontré que cette dernière est liée à deux tiers aux transports, en grande partie en raison des trajets individuels. Les conducteurs perçoivent parfois leur utilisation de la voiture comme un droit inaliénable, ignorant l’impact sur la santé publique et le nombre de décès impressionnants. Cela se ressent notamment lors de la difficulté à faire accepter des examens médicaux pour l’aptitude à la conduite. »

Patrick observe avec lucidité que la transition vers l’électrique est complexe : « En tant que médecin, j’ai accompagné de nombreux patients dans leur sevrage d’autres substances addictives, et l’addiction au pétrole suit un schéma similaire. Utiliser du pétrole est perçu comme pratique et immédiate, simplifiant les déplacements et rendant l’accès au carburant accessible grâce à un grand nombre de stations-service. »

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Un comportement à risque ? « Souvent, on entend : ‘je l’ai toujours fait’. Les gens ont tendance à minimiser les effets à long terme sur leur santé, celle des autres, les émissions de gaz à effet de serre, la dépendance aux énergies fossiles, etc. »

…qui demande du sevrage

Comment amorcer un sevrage du pétrole ? « Il faut d’abord s’engager dans un processus d’apprentissage d’une nouvelle forme de mobilité et envisager le financement du changement de véhicule. Cela pourrait, à terme, améliorer la santé et la situation financière, surtout si l’adoption d’un véhicule électrique permet d’économiser sur le long terme. »

Évoluer au sein d’une population pose des défis plus importants : « Accompagner des personnes dans leur addiction à un toxique est déjà complexe, surtout quand le risque est évident et individuel. Cependant, lorsqu’il s’agit de risques collectifs ou sociétaux, l’adhésion est souvent plus difficile, surtout dans un contexte où les réseaux sociaux diffusent des informations erronées. Il est bien plus simple de propager une fake news que de la corriger. »

Seat Mii Electric
Seat Mii Electric

Pour sa part, Patrick a initié son propre sevrage du pétrole en 2019, en optant pour deux véhicules électriques parmi les plus performants : « Nous avons commencé avec un Hyundai Kona, puis deux ans après, nous avons acquis une Volkswagen e-Up!. Nous avons également installé des panneaux solaires sur notre toit et remplacé notre chaudière à gaz par une pompe à chaleur. Nous n’utilisons plus de pétrole du tout. »

Un accompagnement indispensable

Selon Patrick, les zones à faibles émissions sont une solution pour abaisser la pollution aux endroits où cela est crucial : « Les ZFE déjà mises en place à Paris et Lyon ont permis de réduire de 30 % les émissions d’oxydes d’azote. D’autres modèles existent également, comme les péages à Londres, et des zones apaisées en Allemagne où je rends souvent visite à ma famille. La question est d’atteindre un juste équilibre entre l’usage de la voiture et l’espace dédié aux piétons, une approche qui limite le nombre de voitures à moteur sur les routes. Les véhicules motorisés peuvent encore circuler, mais en respectant les cyclistes. »

Et qu’en est-il de Perpignan ? « Nous avons théoriquement une ZFE depuis le début de l’année. La maire n’a pas fourni d’info sur son fonctionnement ni sur les vignettes Crit’Air. Officiellement, des contraventions pourraient être émises dès 2026, mais il est envisagé de repousser cette échéance. Les préoccupations liées à l’accès des véhicules à moteur sont souvent mises en avant. »

Patrick soutient fermement : « Une ZFE ne sera pas acceptée sans un accompagnement adéquat, tel que la promotion de modes de transport alternatifs, des navettes gratuites avec des parkings périphériques, ou encore un réseau développé de pistes cyclables. Tout cela conditionne une bonne organisation. Lorsqu’on ne peut envisager d’autres moyens que d’utiliser une voiture pour se déplacer en ville, celle-ci devrait être électrique. Le recul actuel sur les ZFE est réellement problématique. »

Tirer des leçons des événements

Les grandes villes de France subissent aujourd’hui les conséquences de décennies de manque de réflexion : « Face à une circulation croissante, les autorités ont préféré élargir les routes, ce qui a encouragé davantage l’utilisation des véhicules motorisés, tant entre les métropoles qu’avec les villages environnants. Si on constate une légère amélioration à Perpignan, c’est grâce à l’adoption croissante des voitures électriques, des vélos et des trottinettes en libre-service. »

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En tant que médecin, Patrick est touché par les réflexions remettant en question la baisse de la pollution durant le confinement lié au Covid : « À Perpignan, le calme régnait pendant cette période grâce à l’absence de circulation, et il était évident que la qualité de l’air s’était notablement améliorée. » Un parallèle avec les zones piétonnes : « Au départ, il y avait des réticences, mais maintenant les commerçants témoignent de l’attrait croissant des passants dans les rues. »

Pour ce qui est des ZFE, Patrick est favorable à des dérogations ciblées : « Étant donné que 90 % du trafic en centre-ville provient de personnes travaillant à Perpignan mais résidant ailleurs, nous pourrions envisager d’introduire des exemptions temporaires pour les résidents, plutôt que de remettre en cause tout le système. »

Favoriser l’usage de la voiture électrique

Animé par la conviction que la mobilité électrique est une solution cruciale, Patrick s’investit dans des soirées d’information et de formation : « Il est primordial de dissiper cette culture anti-VÉ que l’on trouve parfois dans les médias. Je partage cette réflexion avec divers groupes professionnels, incluant des chefs d’entreprises. En général, les participants sont réceptifs, et souvent, les débats à la fin des sessions sont les plus animés. »

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Perpignan est également la ville de Robert Morandeira, connu sous le nom de Bob66, une figure emblématique parmi les pionniers de la voiture électrique. Il a récemment initié les rencontres é-Claira-ge, dédiées à la communauté des passionnés et utilisateurs de véhicules électriques, à l’instar des rassemblements pour les voitures anciennes qui existent depuis plusieurs années.

Rencontre é-Claira-ge à Perpignan
Rencontre -Claira-ge Perpignan

Les événements organisés par Patrick, souvent bimensuels sauf pendant l’été, devraient séduire les automobilistes désireux de s’orienter vers le véhicule électrique. La prochaine rencontre, prévue le 27 avril 2025, se déroulera de 10 h 00 à 13 h 00 dans le parking du centre commercial Carrefour La Salanca à Claira, situé à environ douze kilomètres au nord de Perpignan. Notamment, les participants exposant leurs véhicules électriques bénéficieront d’une recharge gratuite.

Nous remercions chaleureusement Patrick pour sa disponibilité lors de notre échange, sa confiance et son partage d’expérience.

Nous vous prions d’éviter tout commentaire désobligeant à l’égard de nos intervenants, de leurs choix ou opinions. Nous vous remercions pour votre compréhension.

Avis de l’auteur

Étant passé à la mobilité électrique en 2007 pour des raisons écologiques et de santé publique, comme Patrick je tiens à ce que des mesures soient prises pour limiter de façon efficace la pollution dans les villes. Mais pas au détriment d’une partie de la population qui serait socialement mise en grande difficulté de ce fait.

Plutôt que d’abandonner le système des ZFE, il serait déjà nécessaire de réfléchir à comment prendre en compte le cas des personnes qui, au-delà des mauvaises volontés toujours possibles, n’ont pas les moyens de passer à l’électrique ni d’effectuer un report modal mais ont besoin de venir avec leur voiture dans les centres-villes.

La pollution et les décès qui en découlent sont des fléaux majeurs qu’on ne peut balayer à la légère seulement pour continuer à faire comme avant. C’est donc déjà à ceux qui en ont la possibilité de montrer l’exemple. Est-il seulement supportable encore aujourd’hui que des moteurs essence ou diesel tournent pendant des minutes entières dans l’attente qu’une place se libère, que les enfants sortent de l’école, ou que l’un d’eux revienne avec le pain ? Mettre en place un jeu de dérogations pour pénétrer dans des ZFE impliquerait aussi de s’attaquer à de tels comportements contre lesquels rien n’est fait.

Philippe SCHWOERER

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Anthony Levesque

Je suis Anthony Levesque, co-fondateur et rédacteur chez LeFuté.fr. Depuis des années, je nourris une passion profonde pour la communication et le partage d’informations. Mon parcours a commencé en tant que contributeur freelance, une expérience qui a affûté ma plume et mon esprit critique. Spécialisé dans l'actualité automobile, je m'efforce de fournir des analyses détaillées et des explications claires sur des sujets variés, allant des innovations technologiques aux tendances du marché. En plus de la rédaction, je veille à la révision des contenus pour garantir leur exactitude et leur pertinence. Mon engagement envers la qualité de l’information se reflète dans chaque article que je publie.

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