Stellantis s’apprête à introduire une marque chinoise peu connue en Europe
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Les alliances stratégiques entre différents constructeurs automobiles se multiplient, et l’accord récent entre Leapmotor, un acteur chinois, et le géant public FAW, illustre bien cette dynamique. Cette collaboration pourrait avoir des conséquences inattendues pour les concessions européennes de Stellantis, qui est devenu l’actionnaire principal de Leapmotor en 2023.
Un partenariat chinois aux impacts mondiaux
Le protocole d’accord signé entre Leapmotor et FAW se distingue des collaborations habituelles observées dans le secteur automobile chinois. En effet, elle unit une jeune entreprise privée novatrice à un conglomérat public traditionnel, rompant ainsi avec les schémas classiques. Cet accord va bien au-delà des simples échanges financiers en prévoyant une coopération approfondie sur divers aspects tels que les technologies, les véhicules et les composants.
FAW, qui détient des marques réputées telles que Hongqi et Bestune, a écoulé près de 339 000 véhicules électriques en 2022, dépassant les 294 000 unités de Leapmotor. Un chiffre qui témoigne d’une capacité industrielle impressionnante souvent sous-estimée par les analystes occidentaux.
Contrairement à certaines idées reçues, FAW dispose également d’une expertise technologique notable, comme en atteste son modèle haut de gamme Hongqi Tiangong 05, qui rivalise aisément avec les standards occidentaux. Sa gamme de produits est d’ailleurs plus variée que celle de Leapmotor.
Les synergies techniques possibles
Les avantages pour les deux entreprises semblent évidents. Leapmotor aurait accès à des plateformes plus diversifiées, lui permettant de concevoir des véhicules plus imposants que son actuel C16. De son côté, FAW pourrait bénéficier des technologies de prolongation d’autonomie développées par Leapmotor, particulièrement recherchées sur le marché chinois.
- Pour Leapmotor : accès à la plateforme de mini-voitures électriques (comme la Bestune Pony) et aux bases pour modèles plus grands.
- Pour FAW : technologies avancées en gestion de batterie et prolongateurs d’autonomie.
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Le tableau suivant met en lumière les atouts complémentaires des deux acteurs :
| Caractéristique | Leapmotor | FAW |
|---|---|---|
| Ventes annuelles de véhicules électriques | 294 000 | 339 000 |
| Variété de la gamme | Limitée (segments C et D) | Large (segments A à F) |
| Avance technologique | Forte (batteries, autonomie) | Modérée mais fiable |
| Distributions internationales | Via Stellantis | Limitée |
L’engagement potentiel de Stellantis
Ce qui s’avère intéressé pour le marché européen, c’est que Stellantis a acquis 20 % de Leapmotor pour environ 1,5 milliard d’euros à la fin de 2023. Ce groupe transnational vient de s’occuper de la distribution mondiale des véhicules de la marque chinoise, grâce à la création d’une coentreprise nommée Leapmotor International.
Cette structure permet à Stellantis d’accéder directement aux technologies chinoises et donne l’opportunité à Leapmotor de tirer parti du vaste réseau commercial de Stellantis. Avec le nouvel accord instauré entre Leapmotor et FAW, une question émerge : pourra-t-on voir des modèles Hongqi dans les concessions Stellantis ?
Bien que les termes actuels ne prévoient pas formellement cette possibilité, la tendance croissante des collaborations et des échanges technologiques ouvre la voie à l’éventualité de véhicules utilisant des technologies communes avec Hongqi disponibles dans le réseau de Stellantis.
La logique derrière cette stratégie de Stellantis
L’intérêt de Stellantis pour les technologies et véhicules chinois est stratégique. La société, dirigée par Carlos Tavares, fait face à plusieurs défis :
- Un retard dans l’électrification de sa gamme.
- Des coûts de développement significatifs pour concevoir de nouvelles plateformes entièrement électriques.
- Une pression croissante de concurrents chinois sur le marché européen.
En collaborant indirectement avec FAW via Leapmotor, Stellantis pourrait accélérer son passage à l’électrique en intégrant des technologies éprouvées, évitant ainsi de devoir tout développer en interne. Selon les experts du secteur, cela pourrait permettre des économies dépassant les 30 % sur certains programmes.
Le secteur européen des véhicules électriques affronte un obstacle majeur : le prix élevé des modèles en vente. De nombreux constructeurs chinois, grâce à des coûts de production réduits de 20 à 25 %, bénéficient d’un avantage compétitif considérable. L’association avec FAW permettrait à Stellantis d’accéder à ces avantages économiques.
Quels modèles pourraient débarquer en Europe ?
Bien que la présence directe de Hongqi dans le réseau Stellantis ne soit pas envisagée à court terme, plusieurs perspectives demeurent :
- Des modèles Leapmotor intégrant les technologies de FAW/Hongqi.
- Des adaptations sur des plateformes communes.
- Le co-développement de nouveaux véhicules.
Parmi les modèles attractifs pour le marché européen, la Hongqi Tiangong 05 se démarque. Ce SUV électrique premium présente des caractéristiques impressionnantes :
- Autonomie de 620 km (cycle WLTP estimé).
- Puissance cumulée de 435 kW pour la version bi-moteur.
- Architecture électronique 800V permettant des recharges rapides.
- Accélération de 0 à 100 km/h en seulement 3,7 secondes.
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Pour la comparaison, ces spécifications rivalisent avec celles d’un Audi e-tron ou d’un BMW iX, avec des prix potentiellement inférieurs de 30 %.
Les défis réglementaires et commerciaux
Le passage indirect des technologies ou véhicules FAW/Hongqi en Europe grâce au partenariat Leapmotor-Stellantis doit surmonter plusieurs barrières. Les tensions commerciales récentes entre l’Union Européenne et la Chine, matérialisées par des droits de douane pouvant atteindre 37,6 % sur les véhicules électriques chinois, compliquent cette approche économique.
Cette réalité explique le modèle choisi par Stellantis d’investir dans Leapmotor, plutôt que de simplement importer des véhicules. Cela lui permet d’accéder aux technologies tout en maintenant une production européenne, contournant ainsi partiellement les divers obstacles fiscaux.
La perception des marques chinoises par le consommateur européen constitue un autre défi. Même si cette perception évolue rapidement, avec des succès notables comme ceux de MG et BYD, il demeure crucial de travailler sur le marketing afin de renforcer l’image de ces produits sur le vieux continent.
Les expériences passées en matière de collaboration internationale dans le secteur automobile montrent que le transfert de technologies représente souvent une voie à double sens. Les fabricants chinois apportent leur expertise en électrification et digitalisation, tandis que Stellantis garde son avance dans des domaines tels que la dynamique de conduite, la sécurité passive ainsi que l’expérience utilisateur adaptée aux attentes européennes.
Cette synergie pourrait donner naissance à des véhicules combinant le meilleur des deux mondes, associant l’efficacité énergétique et l’innovation technologique chinoises au savoir-faire européen en termes de maniabilité et de finitions. Une telle approche représenterait une proposition de valeur séduisante pour les consommateurs européens, en particulier dans le cadre d’une transition énergétique où l’accessibilité des véhicules électriques demeure une priorité.
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