Les véhicules électriques (VE) connaissent un essor considérable en France, avec plus d’un tiers des nouvelles immatriculations de voitures qui leur sont désormais attribuées, atteignant ainsi une performance record. À l’échelle européenne, cette tendance se confirme avec une augmentation de 51 % des ventes, impulsée en grande partie par les hausses des prix des carburants. Bien que cette dynamique soit favorable pour les fabricants, elle révèle des disparités marquées à l’international. C’est ce qu’indique le média Electrek, qui s’appuie sur des données réunies par Benchmark Mineral Intelligence.
Ce dernier rapporte qu’en août 2026, 1,83 million de véhicules ont été écoulés dans le monde, traduisant une légère hausse de 2 % par rapport à l’année précédente, mais marquant un recul de 1 % comparé au mois précédent. Sur l’ensemble de l’année, les ventes totales pour les huit premiers mois atteignent 13,4 millions d’unités, affichant une croissance de seulement 4 % par rapport à 2025. Bien que les chiffres globaux continuent d’augmenter, la tendance semble se stabiliser : est-ce que le marché des VE entre dans une crise géographique ? Après avoir surmonté une crise de jeunesse entre fin 2023 et début 2025, le secteur se confronte désormais à sa première fracture territoriale majeure.
L’Europe seule au front
À l’échelle mondiale, la croissance des ventes de VE reste très faible, et l’Europe a représenté le principal soutien pour les fabricants. En août, 380 000 véhicules ont été vendus, ce qui représente une hausse de 36 % par rapport à l’année précédente. Depuis le début de l’année, 3,3 millions de véhicules ont trouvé preneur, traduisant une progression annuelle de 29 %.
En revanche, la situation en Amérique est préoccupante, avec une baisse de 33 % sur un an et un total annuel d’un million de véhicules, soit une diminution de 21 %. Même la Chine, autrefois leader du secteur, connaît un recul : 1,03 million de ventes en août (-11 % sur un an) et 6,9 millions depuis janvier (-12 %). Une note positive vient du reste du monde, où les volumes de ventes doublent presque, affichant une augmentation de 97 % depuis le début de l’année.
La santé du marché européen peut être attribuée principalement à la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, qui, ensemble, représentent plus de la moitié des acheteurs. Chacun de ces pays soutient la demande par des moyens divers. En France, des incitations à l’achat comme le leasing social et le bonus écologique, ainsi qu’un bon score environnemental, ont permis de maintenir l’élan des ventes.
D’un autre côté, la situation en Allemagne a radicalement changé : Berlin a abruptement mis fin à son Umweltbonus en décembre 2023. Cependant, des réductions de prix de la part des fabricants et des achats en masse par les entreprises ont compensé cette perte.
Au Royaume-Uni, bien que la prime d’achat (le Plug-in Car Grant) ait été abolie mi-2022, un système fiscal avantageux pour les véhicules d’entreprise (le Benefit-in-Kind) a été mis en place, rendant les VE très compétitifs face aux véhicules thermiques. De plus, un mandat de véhicules zéro émission (le ZEV mandate) oblige les fabricants à respecter un quota de ventes de VE, sous peine de sanctions financières.
Un acteur inattendu émerge également : l’Espagne, qui a lancé le programme national Auto+ avec un budget de 400 millions d’euros, permettant aux acheteurs de bénéficier d’une aide allant jusqu’à 4 500 euros pour l’acquisition d’un VE neuf. Pour un pays qui avait du retard par rapport à ses voisins, cette nouvelle initiative pourrait bien dynamiser les ventes.
L’Amérique tourne le dos à l’électrique
La situation difficile des ventes aux États-Unis s’explique, en partie, par la disparition récente du crédit d’impôt fédéral de 7 500 dollars, lieu de frictions politiques. Cette mesure avait été éliminée à cause de l’opposition au VE de Donald Trump, qui fait la promotion des gros moteurs V8. Ce revirement a produit l’effet prédit par les analystes : un pic éphémère de ventes en août et septembre 2025, suivi d’une chute brutale.
La baisse de 33 % en août 2026 découle directement de cet effet secondaire, bien que ce ne soit pas la seule explication. En raison d’un climat politique défavorable, certains constructeurs ont suspendu le lancement de modèles (F-150 Lightning, Ram 1500 REV, Volvo EX30, Honda 0 Series) pour se concentrer sur les hybrides, qui sont en mesure de capter une partie de la demande perdue par les modèles entièrement électriques.
Chine : les apparences sont trompeuses
Pour saisir le déclin de 11 % en août sur le marché chinois, il faut nuancer les chiffres. En réalité, les ventes de VE ont connu une légère augmentation de 0,8 % par rapport à l’année précédente, tandis que les hybrides rechargeables (-29,6 %) et les véhicules à autonomie prolongée (-22,2 %) ont tiré vers le bas. Les ventes de véhicules thermiques, pour leur part, sont en chute libre, avec une diminution de 40 % sur un an, laissant une part de marché conséquente aux VE et hybrides : 65,2 % des ventes de voitures particulières contre 55,2 % l’année précédente.
La Chine électrifie ainsi un marché en contraction, tandis que les fabricants nationaux, dont les capacités de production avaient été calibrées pour un marché intérieur en croissance, compensent l’absence de demande par des exportations. En août, l’internationalisation des VE et hybrides a atteint des niveaux record, dépassant 518 000 unités, soit une augmentation de plus de 150 % par rapport à l’année précédente, pour un total annuel de plus de 3,3 millions.
Le marché des véhicules électriques apparaît donc plus fragmenté que jamais, et cette situation ne dépend pas seulement de l’automobile. Dans les régions où les États soutiennent la transition énergétique, les ventes progressent; là où le soutien fait défaut, les chiffres chutent. Sans des cadres fiscaux incitatifs et des modèles à prix abordable pour combler l’écart avec les véhicules thermiques, les VE risquent de redevenir des objets de luxe réservés aux early adopters fortunés. L’Amérique du Nord semble s’enfermer dans ce piège, tandis que l’Europe s’efforce de l’éviter avec des réglementations strictes et des mesures d’encouragement.
- Le marché mondial des véhicules électriques stagne, affichant des baisses en Amérique du Nord et en Chine, mais l’Europe connaît une hausse significative grâce à des politiques incitatives.
- La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, représentant plus de la moitié des ventes en Europe, adoptent des stratégies variées pour dynamiser la demande de VE.
- L’absence de soutien politique en Amérique du Nord entraîne une chute des ventes, tandis que la Chine voit le marché thermique se contracter mais augmente les exportations de VE.
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