La voiture est-elle sur le point de disparaître ? Jean-Marc Jancovici, ingénieur et président du Shift Project, pense que cette disparition n’est qu’une question de temps.
Le véhicule personnel, qui a longtemps été le symbole de liberté et d’avancement au XXe siècle, semble aujourd’hui sur la voie de l’extinction. C’est le constat sans ambiguïté de Jean-Marc Jancovici, qui est intervenu sur RMC-BFMTV. À l’occasion de la récente abolition des Zones à Faibles Émissions (ZFE), il a souligné l’urgence de repenser nos modes de mobilité et de créer, sans tarder, des alternatives viables et accessibles à tous.
Pour Jancovici, la question n’est pas de savoir si la voiture individuelle va disparaître, mais plutôt quand cela se produira. “Il sera très complexe de maintenir des véhicules de plus d’une tonne et demie par personne avec une énergie bon marché dans un monde aligné sur l’absence de pétrole, de gaz ou de charbon”, indique-t-il. L’Europe subit déjà une diminution continue de l’approvisionnement en pétrole depuis une quinzaine d’années, et la baisse des ventes de voitures neuves est révélatrice de ce changement de paradigme qui est en cours.
L’abrogation des ZFE, qui avaient pour but de limiter la circulation des véhicules les plus polluants dans les grandes villes, montre les défis dans la conciliation entre l’urgence environnementale et la justice sociale. Bien que l’objectif initial ait été de réduire la pollution atmosphérique, cette décision a également soulevé des préoccupations chez les ménages à faibles revenus, souvent dépendants de leur véhicule pour se déplacer et qui ne peuvent pas s’offrir une voiture moins polluante.
Jean-Marc Jancovici estime que la fin de la voiture « n’est qu’une question de temps » pic.twitter.com/2qlCrgllrD
— RMC (@RMCInfo) June 3, 2025
Des alternatives à inventer, une transition à accompagner
Jean-Marc Jancovici insiste sur la nécessité d’une transition échelonnée et équitable. “Réduire la pollution automobile est une bonne idée, mais de nombreuses voies peuvent mener à cet objectif”, précise-t-il. Plusieurs suggestions émergent : interdire graduellement la vente des véhicules les plus polluants, intensifier les incitations pour changer de véhicule, mettre en place une taxation sur la possession de voitures, et développer considérablement les infrastructures pour les cyclistes ainsi que les transports publics.
Ces propositions semblent s’opposer aux décisions récentes du gouvernement. L’abolition des ZFE a été accompagnée par une quasi-disparition des subventions pour l’acquisition de véhicules propres, rendant la transition plus difficile pour les foyers à faibles revenus. “Une fois que l’on restreint la circulation de certaines catégories de véhicules, quelles alternatives propose-t-on à ces individus ?”, s’interroge l’ingénieur. Sans options viables, certains automobilistes pourraient envisager de se tourner de nouveau vers des véhicules diesel d’occasion, plus économiques mais également plus polluants, creusant ainsi le fossé entre les ambitions politiques et la réalité sociale.
Pour Jancovici, le véritable défi réside dans “l’alignement entre environnement et économie”. Ce qui est bénéfique pour la planète est aussi, à long terme, avantageux pour la société. Mais cela exige d’accepter des transformations profondes de nos modes de vie, de nos façons de nous déplacer et des politiques publiques en vigueur. “Dans un environnement dégradé, toutes nos autres activités en pâtissent gravement”, avertit-il. Il fait ainsi appel à une approche intégrée qui concilie impératifs écologiques et équité sociale.
En conclusion, la réussite de la transition vers une mobilité décarbonée dépendra de la capacité des autorités à fournir des solutions progressives, accessibles et adaptées à tous. Sans cela, le risque de retours en arrière, comme un regain d’intérêt pour les véhicules diesel, demeure élevé.
- Jean-Marc Jancovici soutient que la fin de la voiture individuelle est inévitables, compte tenu de la raréfaction des ressources énergétiques et de l’urgence climatique.
- Il appelle à des mesures graduelles et à des alternatives concrètes (transports publics, vélo, incitations) avant d’envisager des restrictions sévères.
- En l’absence de solutions accessibles, la transition pourrait exacerber les inégalités et entraîner un retour à des véhicules plus polluants, entravant ainsi la lutte contre la pollution et le changement climatique.
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