Le revers de la médaille : quand la Chine produit trop de voitures électriques
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Le secteur des voitures électriques en Chine traverse une phase chaotique, malgré un essor spectaculaire. Avec plus de 100 marques qui se livrent une bataille féroce pour capturer des parts d’un marché immense mais limité, une consolidation est nécessaire. Les récents salons de Pékin et de Shanghai montrent un paysage en évolution rapide, où certains acteurs jadis prometteurs ont déjà disparu.
Trois marques prometteuses en difficulté
Le dernier Salon de Pékin a mis en lumière cette tendance préoccupante. Des stands flamboyants l’année précédente sont maintenant déserts, témoignant d’une industrie où l’innovation ne suffit pas à garantir la pérennité. Voici trois marques emblématiques qui ont fait faillite en moins d’un an :
- Ji Yue : Partenariat entre Baidu, le géant technologique chinois, et Geely.
- Neta : Spécialiste des véhicules électriques et hybrides à moins de 13 000 €.
- Yuanhang : Filiale premium de Dayun avec une esthétique unique.
Ces fermetures illustrent les nombreux défis auxquels se heurte l’industrie électrique chinoise, malgré son dynamisme apparent.
Ji Yue : des promesses non tenues
Ji Yue s’annonçait comme une fusion intéressante entre Baidu et Geely. La marque affichait sur son modèle 01 des technologies avancées d’aide à la conduite, rivalisant avec Tesla, et offrait des prix attractifs.
En s’appuyant sur la plateforme SEA de Geely, également utilisée par Volvo, Zeekr et Lynk & Co, ses véhicules bénéficiaient d’une base technique solide. Malgré ces avantages, Ji Yue n’a jamais atteint des volumes de vente significatifs, se limitant à quelques milliers de ventes par mois. Le lancement du modèle 07 n’a pas réussi à inverser la tendance.
La situation a pris un tournant dramatique en décembre dernier, lorsque des employés mécontents ont exprimé leur frustration en raison de salaires impayés. Parallèlement, un ingénieur recommandait à ses collègues de rechercher un autre emploi. Bien que la marque n’ait pas encore été officiellement liquidée, les concessions sont fermées et les systèmes d’assistance à la conduite pourraient rapidement devenir non fonctionnels sans soutien officiel.
Neta : un export insuffisant
Lors du Salon de Pékin 2023, la marque Neta déployait un grand stand pour présenter son modèle phare, la Neta L, un véhicule électrique à autonomie prolongée, proposé à 14 000 dollars. D’autres modèles, tels que le break élégant Neta S Hunting, étaient également au programme.
Les ventes semblaient en bonne voie avec plus de 60 000 véhicules écoulés en 2024, couplées à une stratégie d’expansion vers des marchés comme l’Asie du Sud-Est et le Moyen-Orient. Cependant, 2025 a marqué un tournant dramatique, avec des annonces de licenciements massifs, en particulier au sein du département R&D, qui a été pressenti comme étant en voie de démantèlement.
Malgré le maintien d’une certaine visibilité sur les réseaux sociaux, notamment au Brésil, en Indonésie et en Thaïlande, l’aide financière de 215 millions de dollars accordée par le gouvernement thaïlandais en mars pourrait ne pas suffire à préserver l’entreprise. Neta dépend clairement de l’exportation pour assurer sa survie, mais l’incertitude plane sur son avenir.
L’encombrement du marché face à une réalité économique
Au-delà de ces cas, d’autres marques comme HiPhi, Aiways ou Evergrande Auto ont également plié sous la pression l’an dernier. Cette réalité met en lumière un constat : malgré les aides gouvernementales et un marché d’un milliard de consommateurs potentiels, la Chine ne peut supporter autant de marques commercialisant des produits similaires.
| Facteurs de consolidation | Impact |
|---|---|
| Surcapacité de production | Guerre des prix et baisse des marges |
| Barrières à l’exportation | Limitation des opportunités d’expansion internationale |
| Réduction des subventions | Augmentation des coûts réels pour les consommateurs |
Les experts prévoient que cette dynamique de consolidation se poursuivra, impactant même certains géants de l’industrie des véhicules électriques chinois, qui pourraient être contraints de fusionner ou de quitter le marché, particulièrement en cas d’opposition sur les marchés d’exportation.
Cette situation pourrait paradoxalement ouvrir des voies pour les entreprises occidentales. La richesse de la propriété intellectuelle issue de ces marques disparues représente un potentiel significatif. Des startups en Europe ou aux États-Unis pourraient acquérir ces technologies pour développer leurs propres véhicules électriques, donnant naissance à un modèle de “dropshipping automobile” qui pourrait stimuler l’innovation tout en réduisant les coûts de développement.
Alors que l’industrie des véhicules électriques en Chine fait face à cette phase de réorganisation, il est clair que le visage du marché automobile sera profondément transformé d’ici le prochain Salon de Pékin.
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