Volvo face à la réalité électrique : une crise jamais vue auparavant
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Le secteur automobile change rapidement et Volvo en fait l’expérience difficile en ce début d’année 2025. Après avoir affiché de grandes ambitions en matière d’électrification, le constructeur suédois connaît une baisse considérable des ventes de modèles à zéro émission et des complications dans sa stratégie. Retour sur cette situation inattendue qui pousse la marque à ajuster son cap.
Des ventes en chute libre
Les statistiques d’avril 2025 sont alarmantes pour la société de Göteborg. Avec seulement 11 697 voitures électriques écoulées dans le monde, comparé à 17 090 l’année précédente, Volvo enregistre une baisse de 32% sur ce segment crucial. Au cours des quatre premiers mois de l’année, la réduction est de 20%, avec 44 146 unités vendues.
Ce recul est d’autant plus inquiétant que Volvo avait engagé des investissements importants dans le lancement de nouveaux modèles. Les SUV électriques EX30, censés rendre l’offre plus accessible, et EX90, positionné sur le segment premium, n’ont pas encore su capter l’attention du public, y compris aux États-Unis où l’EX90 bénéficie d’une production locale.
De manière générale, les ventes totales de Volvo (tous types de motorisations confondus) se chiffrent à 231 100 unités entre janvier et avril 2025, marquant un recul de 7% par rapport à 2024. En avril, la tendance s’accentue davantage, avec une baisse de 11% et 58 881 véhicules livrés.
L’hybride rechargeable tient bon
Dans ce contexte peu reluisant, les véhicules hybrides rechargeables (PHEV) de Volvo enregistrent une légère hausse. En avril, leurs ventes ont progressé de 2% pour atteindre 14 688 unités, et de 11% durant le premier trimestre, totalisant 56 722 véhicules. Cette technologie, souvent perçue comme ancienne, semble davantage répondre aux attentes des consommateurs actuels.
Plusieurs atouts expliquent ce regain d’intérêt pour les PHEV Volvo :
- Une autonomie électrique suffisante pour les trajets quotidiens
- Pas de crainte liée à l’autonomie grâce à la présence du moteur à combustion
- Des prix généralement inférieurs à ceux des modèles 100% électriques
- Une valorisation à la revente souvent plus favorable sur le marché d’occasion
Malgré cette certaine résilience des hybrides rechargeables, l’ensemble de la gamme électrifiée de Volvo (hybrides et électriques) accuse une baisse de 16% en avril et de 5% depuis le début de l’année. Ce constat incite la marque à repenser sa stratégie de transition énergétique.
Retour d’un ancien leader
Pour faire face à cette situation préoccupante, Volvo a opté pour un changement radical en rappelant Håkan Samuelsson à la direction de l’entreprise. L’ancien PDG, qui a occupé le poste de 2012 à 2022, a été nommé le 1er avril 2025 pour un mandat intérimaire de deux ans, prenant la place de Jim Rowan, remercié après trois ans à la tête de la société.
Ce changement aux commandes s’accompagne d’une réévaluation stratégique. Alors que Volvo avait annoncé en 2021 son objectif de devenir un constructeur 100% électrique d’ici 2030, cette intention a déjà été remise en question dès septembre 2024. Avec les résultats actuels, cette décision s’avère d’une actualité brûlante.
La tâche de Samuelsson est sans équivoque : redresser la trajectoire de l’entreprise en ajustant les investissements à la nouvelle réalité du marché, tout en poursuivant la transition vers une électrification à long terme.
La crise chez Novo Energy
Au-delà des chiffres de vente, c’est l’ensemble de la stratégie industrielle de Volvo qui est mise en péril. Novo Energy, la filiale détenue à 100% par le constructeur depuis février 2025, traverse une phase extrêmement délicate. Créée en 2021 en partenariat avec Northvolt, cette société a pour but d’assurer l’autonomie de Volvo en matière de batteries.
La faillite de Northvolt en mars 2025 a bouleversé ces ambitions. Début mai, Novo Energy a annoncé la suppression de 150 postes supplémentaires, après une première vague de licenciements précédemment. En tout, c’est près de 50% des effectifs de la société qui seront réduits.
L’usine de batteries à Göteborg présente un tableau contrasté :
- Le bâtiment est presque intégralement terminé
- Aucun équipement de production n’a été installé
- Les investissements supplémentaires sont suspendus à court terme
- La recherche d’un nouveau partenaire industriel est devenue impérative
Adrian Clarke, PDG de Novo Energy, a justifié ces décisions drastiques par “l’impossibilité de maintenir les opérations au niveau souhaité sans nouveau partenaire”. Une alternative envisagée serait d’ouvrir l’usine à d’autres marques du groupe Geely, propriétaire de Volvo, mais aucune décision officielle n’a encore été communiquée.
Un défi qui touche toute l’industrie
La situation préoccupante de Volvo n’est pas isolée dans le secteur automobile. D’autres fabricants comme Tesla ressentent également des turbulences sur le marché des voitures électriques. Plusieurs facteurs contribuent à cela : un ralentissement économique global, des prix d’achat élevés, une diminution des aides gouvernementales dans divers pays, et une infrastructure de recharge encore insuffisante dans de nombreuses zones.
Pour Volvo, viennent s’ajouter des éléments aggravants comme les droits de douane américains qui pénalisent certaines véhicules (XC40, XC60 et EX30) non conçus localement. Le constructeur se trouve dans une position délicate, à jongler entre la volonté de maintenir ses ambition électriques et la nécessité de s’adapter à un marché plus réticent que prévu.
Les mois à venir seront déterminants pour la marque suédoise qui devra, sans doute, explorer une offre plus équilibrée entre les différentes technologies tout en continuant ses efforts pour réduire les coûts des batteries et améliorer l’autonomie de ses modèles à zéro émission.
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