Le constructeur chinois BYD réalise un pas décisif sur le marché européen. En effet, l’usine située à Szeged, en Hongrie, vient tout juste de démarrer la production pilote de la Dolphin Surf, un modèle particulièrement significatif puisque c’est le premier véhicule assemblé par BYD sur le sol européen.
Les premières unités de la Dolphin Surf sortent des chaînes de production avec un léger retard par rapport à la programmation initiale. Connue en Chine sous le nom de Seagull, cette citadine électrique marquera donc le début de la fabrication européenne pour BYD, avec une montée en cadence prévue. La production de masse devrait commencer au deuxième trimestre 2026, alors qu’une inauguration officielle de l’établissement est attendue pour le printemps.
Cette usine hongroise s’inscrit dans un projet d’investissement colossal dépassant plusieurs milliards d’euros pour BYD. Établie sur une superficie de 300 hectares, sa capacité de production initiale est fixée à 150 000 véhicules par an, un seuil jugé comme essentiel pour assurer la rentabilité d’une unité de production automobile au sein de l’Europe. À terme, cette capacité pourrait même doubler, avec la possibilité d’assembler jusqu’à cinq modèles différents, dont les Atto 2 et Atto 3, déjà annoncés.
Un choix stratégique en Hongrie
La décision d’installer sa production en Hongrie n’est pas un hasard pour BYD. En effet, grâce à cette localisation, le constructeur parvient à éviter les droits de douane imposés par l’Union européenne sur les véhicules en provenance de Chine, qui s’élèvent à 10 % de droits traditionnels, auxquels s’ajoute une surtaxe punitive de 17 % spécifique aux véhicules électriques chinois. Une telle taxation affaiblit la compétitivité des modèles importés, représentant une menace pour la stratégie tarifaire du constructeur.
“L’export de voitures depuis la Chine vers l’Europe n’est pas viable à long terme”, a affirmé Michael Shu, directeur européen de BYD, soulignant que la production locale était une nécessité stratégique plutôt qu’un choix commercial.
La Hongrie prend donc le rôle de plaque tournante pour les opérations de BYD en Europe. En plus de cette nouvelle usine, le pays abrite déjà une ligne de production de bus électriques à Komárom, opérationnelle depuis 2017, ainsi que deux sites de fabrication de batteries à Fot et Paty. De plus, le siège européen de BYD a été déplacé à Budapest depuis les Pays-Bas en 2025, renforçant ainsi l’ancrage hongrois de la marque.
Ambitieux, BYD a également plusieurs projets en développement. Une seconde usine européenne est prévue pour l’automne 2026 en Turquie, près d’Izmir, dans la province de Manisa. Avec un investissement initial d’un milliard de dollars, ce site sera dédié à la production du Seal U DM-i, un SUV hybride rechargeable qui connaît un essor en Europe. Comme pour l’usine hongroise, la capacité de production prévue est de 150 000 unités par an. L’implantation en Turquie permet également de profiter d’accords commerciaux avantageux vis-à-vis de l’Union européenne.
Une montée en puissance nécessaire
Pour aller de l’avant sur le marché européen, cette stratégie de production locale est presque vitale pour BYD. Bien qu’un effort marketing massif soit en cours, y compris le sponsoring de l’Euro 2024 de football, les ventes du constructeur restent en deçà des attentes sur le Vieux Continent, malgré une embellie récente.
En plus de son ancrage local, BYD réorganise entièrement son réseau de distribution afin d’adapter son offre aux préférences des consommateurs européens. En réaction à un intérêt modéré pour les véhicules 100 % électriques, BYD prévoit de diversifier sa gamme avec davantage de modèles hybrides rechargeables, une catégorie qui attire plus les acheteurs européens, encore hésitants à cause des infrastructures de recharge jugées insuffisantes.
Il se pourrait néanmoins que la Dolphin Surf change la donne dans le segment porteur de l’entrée de gamme. Proposée autour de 20 000 euros, elle se positionne comme une concurrente directe de la Citroën ë-C3 ainsi que des futures petites électriques attendues chez Renault (Twingo) et Volkswagen (ID. Polo). Ce segment stratégique pourrait permettre à BYD de se démarquer grâce à des tarifs attractifs. En effet, l’implantation en Europe permet au constructeur de rendre ses véhicules éligibles au bonus écologique, ce qui pourrait encore réduire le coût final. Avec le prix comme principal obstacle à l’adoption de l’électrique en Europe, ces mesures pourraient-elles conduire BYD vers le succès ?
- BYD débute la production pilote de la Dolphin Surf dans son usine à Szeged, en Hongrie.
- La production locale permet de contourner les droits de douane de 10 % et la surtaxe punitive de 17 % sur les VE chinois imposés par l’UE.
- Malgré des investissements considérables, BYD lutte encore pour s’implanter solidement sur le marché européen… pour le moment.