Le fabricant américain avait pris un risque considérable en misant sur la capacité d’un algorithme à remplacer l’expertise de ses meilleurs techniciens. Ce pari s’est révélé trop ambitieux, puisqu’il est aujourd’hui contraint de rappeler ces experts en arrière-plan.
D’autres entreprises, comme Klarna, ont cru trouver en l’intelligence artificielle la solution miracle pour tous leurs tracas, mais ont rapidement réalisé que cela n’était pas le cas. Bien que l’automatisation par algorithmes soit moins répandue dans le secteur automobile par rapport à d’autres domaines, plusieurs fabricants, dont BMW, Stellantis, Renault et Ford Motor Company, intègrent le machine learning et l’IA pour améliorer leurs chaînes de production. Kumar Galhotra, le directeur des opérations chez Ford, avait même revendiqué l’installation de 900 caméras intelligentes dans ses usines, censées détecter les imperfections de montage et les défauts de peinture avant que les véhicules ne sortent de la ligne de fabrication.
Il y a huit mois, Ford annonçait fièrement ces avancées, mais aujourd’hui, la société semble avoir pris conscience, à ses dépens, que l’expérience et le bon sens des travailleurs chevronnés ne peuvent pas être remplacés par une multitude de caméras sophistiquées. Après avoir mis fin à sa division Model e fin avril, l’entreprise cumule les déconvenues.
Un retour aux anciennes pratiques chez Ford
D’après des sources mentionnées par Bloomberg, Ford a récemment été contraint de réembaucher plus de 300 inspecteurs qualité expérimentés en raison des résultats décevants de ses systèmes automatisés. Charles Poon, vice-président en charge de l’ingénierie matérielle des véhicules, a reconnu mal à l’aise que : « L’intelligence artificielle est un outil puissant, mais sa valeur dépend des données utilisées pour l’entraîner ». Ayant compris qu’un algorithme sans retour d’expérience est aussi utile qu’un panneau solaire dans un tunnel, la société a donc dû rappeler d’urgence les talents qu’elle avait laissés filer.
« Ces dernières années, nous avons clairement sous-estimé l’expérience de nos ingénieurs les plus aguerris, qui avaient pourtant traversé les défis de nombreux lancements de produits », a-t-il admis. Toutefois, on peut saluer sa capacité à reconnaître ses erreurs, même si ce constat pourrait être lié à des craintes concernant l’impact sur ses primes de fin d’année en cas de réparations sous garantie des véhicules défectueux. Aucune source externe ne confirme cette hypothèse, bien sûr.
Alors que l’entreprise admet ces échecs, Ford célébrera en même temps son retour en tête du JD Power Initial Quality Study, un indicateur clé de la qualité automobile aux États-Unis, une position qu’elle n’avait plus occupée depuis 2010.
Dans son communiqué de presse, Ford parvient à présenter son plan de redressement comme une initiative visionnaire. Ce que Charles Poon qualifie de retour en arrière dans les rangs des anciens, le service communication transforme en « renouvellement profond des talents ».
Pour obtenir cette distinction, Ford a dû non seulement se séparer de certains de ses cadres dirigeants, mais également recruter à nouveau ses 300 anciens employés, désormais désignés comme des « gardiens d’un savoir-faire acquis après des décennies de conception ». Une stratégie habile pour encadrer le retour en force de méthodes traditionnelles et de pratiques éprouvées.
Il est vrai que Ford Motor Company n’est pas particulièrement connue pour son approche tolérante envers l’IA. Son PDG, Jim Farley, avait récemment déclaré dans une interview que « l’intelligence artificielle pourrait laisser de côté un bon nombre de cols blancs ». La situation s’est révélée ironique, car Ford a dû rappeler ces anciens employés, qui mettent en pratique leurs compétences manuelles plutôt que de rester derrière un bureau. Ce rapatriement a sans doute coûté à Ford plus cher que prévu, en raison des dépenses liées à une transition mal anticipée, qui se révèle toujours plus coûteuse que les économies prévues sur la masse salariale.
- Ford a réembauché 300 inspecteurs qualité après des échecs liés à l’IA.
- L’entreprise reconnaît avoir sous-estimé l’importance de l’expérience humaine dans ses usines.
- Malgré ces défis, Ford se réjouit de son retour en première position au JD Power Initial Quality Study.
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